En 1871, la France venait de perdre la guerre et une confusion extrême s’était établie… A trois jours du printemps, la confusion tourna en révolution.
Les causes de l’insurrection qui souleva Paris, le 18 mars sont multiples. Il s’agit d’un « triple mécontentement patriotique, républicain et social ». L’humiliation de la défaite de 1870, l’entrée des Prussiens dans la capitale, la méfiance à l’égard de l’Assemblée nationale récemment élue. Une majorité de conservateurs, qui va s’installer à Versailles, comme si Paris lui faisait peur et l’hostilité envers le chef du pouvoir « exécutif », Thiers, orléaniste notoire qu’on soupçonne de vouloir rétablir la monarchie, tout ceci s’ajoute à la misère et au chômage pour expliquer la colère des Parisiens et surtout des ouvriers sensibles à la propagande socialiste.
Une maladresse de Thiers mit le feu aux poudres le 18mars, quand il envoie la troupe se saisir des canons de la garde nationale parqués à Montmartre. La population, ameutée, s’y oppose et les soldats, au lieu de repousser le peuple, fusillent deux généraux. Thiers et le gouvernement fuient aussitôt. C’est la rupture entre Versailles et Paris. Le Comité central de la garde nationale, élu par les bataillons des vingt arrondissements, prend le pouvoir et s’installe à l’hôtel de Ville.
Une Commune (municipalité) de 90 membres est élue le 26 mars. Elle proclame son autonomie et exhorte les autres villes de France à agir de même. La province est plus conservatrice que Paris, des mouvements insurrectionnels s’ébauchent mais ils tournent court. Dans la capitale, le drapeau rouge flotte sur tous les édifices publics. On instaure un calendrier révolutionnaire et la séparation de l’Eglise et de l’Etat est proclamée. L’armée permanente, supprimée, se voit remplacée par la garde nationale. La Commune ordonne la remise des loyers pour les six mois l’hiver 1870-71, interdit le travail nuit dans les boulangeries et limite à dix heures la journée de travail.
Tous patriotes et républicains, les Communards se trouvent pourtant divisés. La majorité est composée de jacobins comme Delescluze, qui s’opposent aux anarchistes, il y a aussi socialistes comme Mahon, Fränkel, Vaillant ou Louise Michel, des indépendants et même des militaires. Au sein de la Commune, les ouvriers sont nombreux mais minoritaires.
La Commune n’a pas ou ne prend pas les moyens de réaliser une œuvre durable. Manque d’autorité, décisions désordonnées, beaucoup d’enthousiasme et peu de discipline, telles sont peut-être les raisons de l’échec final. Mais surtout, la Commune a eu peu de temps. Assiégé dès le 3 avril, Paris est envahi par les troupes versaillaises le 21 mai. C’est le début de la « semaine sanglante ». Sur les barricades érigées à la hâte, les insurgés combattent jusqu’à la mort. Paris est en feu (Tuileries, Cour des comptes, Palais de justice), les victimes se comptent par milliers (25 000 environ). Les derniers Communards tombent au Père-Lachaise, à Belleville et Ménilmontant le soir du 28 mai.
Maîtres du terrain, les Versaillais exercent aussitôt une répression brutale par 40 000 arrestations, 270 condamnations à mort (dont 26 exécutées), 410 condamnations aux travaux forcés, 7 500 déportations (en Nouvelle-Calédonie), 3 400 emprisonnements, etc. et 56 enfants sont envoyés en maison de correction.
La Commune, qui a soulevé un immense espoir, est aujourd’hui reconnue comme une des grandes dates de l’histoire ouvrière.
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